Battletoads in Battlemaniacs


Tout commence lorsqu'un rat découvre quatre pauvres petites tortues baignant dans un liquide mutagène et décide de les en sauver. Les jours passent et les cinq animaux, en contact avec l’étrange substance, développent peu à peu une enveloppe corporelle anthropomorphe. Les Tortues Ninja étaient nées, et… hum ? Oui ? Oups, pardon ! Tout commence en réalité le jour où trois ingénieurs informaticiens – Pimple, Rash et Zitz – se mettent à soupçonner Silas Volkmire, leur programmeur en chef, de sombres manigances...

Ils décident alors de mener une enquête nocturne au bureau, et finissent par découvrir Battletoads, un jeu de réalité virtuelle mettant en scène des crapauds de combat. Ni une, ni deux, ils foncent tête baissée dans le logiciel afin de monter un maximum de preuves contre leur employeur. Malheureusement, ils tombent ainsi dans un piège lancé par Volkmire qui les oblige à rester à jamais sous la forme de crapauds. Ils arrivent alors sur une nouvelle planète où ils finissent par entendre parler d’une certaine Dark Queen, qui a des idées de conquête galactique. Ils feront tout leur possible pour se dresser contre elle, aidés par le professeur T. Bird. Tel est le propos de base du dessin animé qui permet de connaître les origines de la série. Dans Battletoads in Battlemaniacs, l'aventure continue. Un jour, les Battletoads sont invités au monastère de Gyachung-La, dans les montagnes tibétaines, pour assister à une présentation de TRIPS, une nouvelle unité de réalité virtuelle mise au point par les industries Psicone. Au cours de la démonstration, des cochons humanoïdes à la solde de Dark Queen jaillissent de l'écran pour capturer Michiko Tashoku, fille du président de la compagnie, ainsi que Zitz qui tente tant bien que mal de la tirer d'affaire. Apparaît ensuite Silas Volkmire qui vient délivrer un message : lui et Dark Queen se sont alliés pour conquérir l'univers. Rash et Pimple, n'écoutant que leur courage, se lancent alors à l'aventure en pénétrant une fois encore dans un module de réalité virtuelle.

Dès le début du jeu il ne reste donc plus que Pimple, la brute épaisse à la peau brune, et Rash, le petit vert qui porte des lunettes de soleil. Le joueur n’a pas le choix de son crapaud de combat et dirige Pimple. Rash n'apparaît qu'à partir du moment où un ami prend part à la partie afin de lui prêter main forte. Pour se battre, les Battletoads ne disposent d’aucune arme et doivent se frayer un chemin à la seule force de leurs poings et de leurs pieds. Cependant, on s'aperçoit bien vite que leur corps suffit : il se modèle à l'envie, un pied devenant rapidement une énorme chaussure destinée à botter des fesses et un poing une énorme masse de pierre qui éjecte les ennemis. Ces déformations s'affichent sous la forme de sprites immenses qui donnent au jeu des airs de comic, effet amplifié par les mimiques des crapauds qui arborent des sourires de stars hollywoodiennes ou les tons très vifs qui colorent chaque niveau. L'univers lui-même, créé initialement pour la NES afin d'endiguer l'hégémonie des Tortues Ninja dont la côte de popularité était immense, est un prétexte à toutes les fantaisies. On combat indifféremment squelettes et cochons de l'espace en body rose dans des niveaux aux esthétiques multiples et sans aucun lien ; bref : Battletoads in Battlemaniacs sent le bon gros délire assumé et a la sainte odeur, dès les premières minutes de jeu, d'un excellent défouloir à partager entre potes.

Le gameplay, a priori, repose sur des éléments assez simples. Grâce à deux boutons, les crapauds peuvent frapper, sprinter ou sauter. Ces dernières possibilités permettent d'intégrer quelques éléments de plate-forme à un jeu qui de prime abord a tout d'un beat'em all, lorsque que l'on nous impose d'éviter des boules de lave qui tombent du ciel ou de sauter par dessus les failles sismiques qui se créent. Il est à ce sujet possible de perdre de la vie en tombant dans ces trous, mais ceux-ci offrent également le loisir de se débarrasser des ennemis en variant les plaisirs, puisque l'on peut les y projeter pour les éliminer directement. Heureusement, d'ailleurs, car la difficulté du jeu est suffisamment élevée pour que l'on ne soit pas obligé de tuer chaque adversaire à la seule force de nos coups. À ce titre, on regrette amèrement que la maniabilité de Battlemaniacs ne soit pas mise au service d'une certaine technique, car la victoire ne s'obtient au final qu'à force de placements judicieux et de mitraillages de bouton. Au terme d'un premier niveau entièrement passé à défoncer sans scrupules les sbires de Dark Queen, un immense porc de pierre s’impose comme le premier et unique boss du jeu jusqu'à la maléfique Dark Queen, ce qui en soit commence à remettre en cause le statut de beat'em all de ce jeu. Et pour cause ! Après cette mise en bouche, les deux crapauds s'introduisent dans des galeries souterraines où, plus jamais, ils n'auront l'entière maîtrise de leurs mouvements.

Le niveau qui suit est une séquence en scrolling vertical, au cours de laquelle Pimple et Rash naviguent sur une soucoupe métallique qui n'est pas sans rappeler Turtles in Time. Rien de bien complexe dans les manœuvres, si ce n'est une subite accélération en toute fin de niveau qui vient titiller l'orgueil du joueur, tout heureux de n'être point mort au milieu du couloir de pieux acérés. Le passage qui suit n’est pas un niveau à proprement parler, mais plutôt une séquence bonus que l'on retrouve plusieurs fois dans le jeu. Pimple et Rash, debout sur un pion de jeu de dames, glissent sur un damier réfléchissant. Le joueur n’a alors d'autre but, subissant cette fois-ci un scrolling horizontal, de renverser un maximum de quilles et de dominos, tout en évitant les obstacles qui viennent réduire le chiffre qui grossit en haut à gauche de l’écran. Un passage sympathique et à l'esthétique superbe sur fond de cartes à jouer, dont la finalité est de gagner des vies. De préférence beaucoup, beaucoup de vies… En effet, le niveau qui suit signe le tournant du jeu en même temps que sa fin. La caméra s'est reculée comme pour mieux apprécier le tragique spectacle qui va se jouer sous son objectif. Le pauvre Pimple, encore à pied, se précipite sur une moto des airs pour une nouvelle séquence à scrolling horizontal qui doit le conduire jusqu'à son propre tombeau. Tout est question de réflexes ici, puisque les longues minutes que compte ce parcours du combattant voient se succéder un nombre incalculable d’obstacles en tout genre, depuis les murs de pierre jusqu’aux précipices qui ne peuvent être évités qu'en abordant parfaitement les éphémères tremplins qui apparaissent à l’écran.

Certes, les développeurs ont au moins eu une bonne idée ici, celle d’indiquer en amont où se situe la prochaine difficulté. Malheureusement, cette difficulté est surhumaine, et en tout cas trop élevée pour les Battletoads qui perdent une vie à chaque obstacle mal négocié. Les vies gagnées précédemment fondent comme neige au soleil, et 99% des joueurs ne se souviendront de Battlemaniacs que comme ce jeu constitués de quatre niveaux, dont le dernier restera à jamais infranchissable. La suite est du même acabit. Pimple et Rash évoluent sur des plates-formes mouvantes incarnées par d'immenses serpents, qui apparaissent et disparaissent dans les murs. Évidemment, inutile d'espérer plus de lucidité de la part des développeurs : le parcours reste incroyablement difficile, et seule une pratique régulière du niveau permettra un jour – peut-être – d'en éviter les pièges. Si par miracle le joueur est parvenu jusqu'au prochain niveau, heu, pardon, la prochaine course, nul doute qu'il est l'heure pour lui d'incruster sa manette au milieu de l'écran. Perdu au milieu de montagnes russes, Pimple empoigne un guidon à propulsion. Pour espérer avancer, le joueur doit appuyer dans la direction des rails qui, fort évidemment, change toutes les deux secondes. Sans cela, il est voué à une mort certaine dans la mesure où le crapaud est poursuivi par un rat monté sur un appareil identique, à ceci près qu'une scie circulaire située à l'avant de la machine menace de découper le batracien en rondelles. Ne rêvez pas : découpé, il le sera. Le mode coopération ne change rien à l'affaire. Parvenir jusqu'à ce stade du jeu en mode multijoueurs ne relèverait plus de l'exploit, mais d'un concours de circonstances engendré par quelque faille spatio-temporelle ayant permis à deux joueurs parfaits, chacun doués d'un talent et d'une patience à toute épreuve, de se retrouver à un même moment pour jouer à Battletoads in Battlemaniacs.

VERDICT
6Initialement suite de l'opus sorti sur NES, Battletoads in Battlemaniacs se présente rapidement comme une adaptation du jeu original. L'histoire a été modifiée pour l'occasion, mais l'objectif reste de libérer une jeune femme des griffes de Dark Queen à travers six niveaux repris de la cartouche NES. Que ces niveaux soient tronqués ou agrémentés de nouveautés, le constat est implacable : le jeu 16 bits est un condensé mal réfléchi des passages les plus complexes de Battletoads qui conduisent à une frustration sans précédent dans l'histoire du jeu vidéo. Certes, le fossé technique est bien présent avec cette séquelle sur Super Nintendo, mais l’équipe de Rare qui signait là son premier jeu sur la machine n’avait indubitablement pas encore l'entière maîtrise de ce support. Le jeu, qui reste apprécié aujourd’hui, ne doit sa réputation qu'à une évaluation mesurée à l'aune de ses premiers niveaux. Au-delà, Battletoads in Battlemaniacs reste encore terra incognita.

Plateforme : Super Nintendo
Editeur : Tradewest
Développeur : Rareware
Genre : Beat'em all

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